Marie-Claude SCHAPIRA
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Version anglaise

La « désolation »
dans Le Compagnon du Tour de France

Résumé

Les contradictions du compagnonnage telles qu’elles sont évoquées dans le livre de Perdiguier – volonté d’association et d’entraide d’une élite « d’artistes bohémiens » pervertie par les rivalités et les violences – étaient bien faites pour stimuler la réflexion de Sand qui, vers la fin des années trente, mène, sous l’influence de Leroux, une quête ardente de vérité et de justice. Dans Le Compagnon du Tour de France, elle s’interroge, avec lucidité et compassion, sur l’état de « désolation » dans lequel se trouve le peuple et dont souffre jusqu'au désespoir ses éléments les plus intelligents, comme le spleenétique Pierre Huguenin. Attentive à toutes les manifestations de la perte du lien responsable de l’isolement des individus, elle cherche à y répondre imaginairement en construisant deux intrigues amoureuses qui ne font que mettre cruellement en lumière les incompatibilités de classes et aggraver l’humiliation des prolétaires.

Le projet d’unir un ouvrier et une aristocrate n'est cependant qu'une construction romanesque déjà éprouvée. L’utopie de Sand, dans le roman, est dans un mouvement qui arracherait le peuple à sa déréliction en lui donnant l'accès à l’art et la force de produire des œuvres susceptibles d’amorcer la régénérescence des classes soit-disant éclairées. Là est l’espoir de Sand dans ces années où de nombreux artisans s’essaient à une poésie qui touche la bourgeoisie libérale. Dans Le Compagnon du Tour de France le débat politique est âpre mais il se perd dans des apories. L’utopie esthétique, qui transcende la quête de bonheur personnel, maintient la fin ouverte et, selon le crédit qu’on lui prête, sauve le roman de la désolation ou l’y enferme.  

 

 

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Marie-Claude Schapira

Marie-Claude SCHAPIRA, docteur d’État en littérature française, membre de l'U.M.R 5611 L.I.R.E. du CNRS de l'Université de Lyon 2, est l’auteur d’une thèse et d’un ouvrage sur Théophile Gautier, Narcisse et le Récit, et de nombreuses contributions à l’étude du XIXe siècle, de la monarchie de Juillet à la Commune. Elle a édité et préfacé Le Mur de Maurice Montégut, aux Éditions du Lérot, en 2000. Elle a, ces dernières années, publié plusieurs articles sur George Sand.  

 

Version anglaise. Traduction : Philippe AURIBEAUDesolationin Le Compagnon du Tour de France

 

Contradictions of the compagnonnage as they are evoked in the book of Perdiguier - will of association and mutual aid of an elite of "artists gypsies" perverted by competition and violence - stimulated the reflection of Sand who, towards the end of the Thirties, carried out, under the influence of Leroux, a passionate quest for truth and justice. In Le Compagnon du Tour de France, she wonders, with clear-mindedness and compassion, about the state of "desolation" in which the people is and which causes some of its most intelligent elements, like spleenetic Pierre Huguenin to suffer to the point of despair. Being attentive to the manifestations of the loss of the bond responsible for the isolation of the individuals, she tries to answer it in imagination by building two love intrigues which only bring the incompatibilities of classes to light and worsen the humiliation of the proletarians.

 The project to link a workman and an aristocrat woman is however only a already used romantic construction. The Utopia of Sand, in the novel, lies in a movement which would drag the people away from its dereliction by giving the access to art and the force to produce works likely to start the rejuvenation of the so-called enlightened classes. That is the hope of Sand in those years when many craftsmen test themselves with a poetry which touches the liberal middle-class. In Le Compagnon du Tour de France the political debate is rough but it is lost in aporias. The aesthetic Utopia, which transcends the search of personal happiness, maintains the end open and, according to the credit that one lends to it, saves the novel of desolation or locks it up there.

 

Marie-Claude Schapira

Marie-Claude Shapira, Doctor of French literature, member of the U.M.R 5611 L.I.R.E. of the CNRS, University of Lyon 2 and writer of a thesis and a book on Theophile Gautier (Narcisse et le Récit).

Numerous contributions to the study of the 19th century, from the Monarchy of July to the Commune.

Publishing and preface of Le Mur (Maurice Montégut, Éditions du Lérot, 2000).

Articles on George Sand in the latest years.

Traduction : Philippe AURIBEAU

 

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Dernière mise à jour : 20 septembre 2009
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